Technologies de l’événement

Oct 20, 2026, 12:05
Événements et applications : une relation toujours compliquée. Ce que veulent les visiteurs, c’est avant tout qu’on leur facilite la vie

Événements et applications : une relation toujours compliquée. Ce que veulent les visiteurs, c’est avant tout qu’on leur facilite la vie

20 octobre 2026

L’Event Confederation a récemment fait réaliser une étude de marché sur l’innovation et la technologie. Ces dernières années, notre secteur s’est pris de passion pour les nouvelles technologies : applications, badges numériques, matchmaking basé sur l’IA, reconnaissance faciale… La liste est longue. Et nous partons implicitement du principe que les visiteurs partagent notre enthousiasme. Pourtant, l’étude révèle une réalité plus nuancée. Une analyse de Wim Kegelaers, de MediaMixer…

Les applications développées pour un événement ponctuel ne sont pas forcément une mauvaise idée, mais elles sont rarement simples à mettre en œuvre. Il faut parvenir à boucler le budget, faire passer chaque modification par les app stores, puis encore convaincre les visiteurs de les utiliser.

Tout cela parce qu’en tant qu’agences, nous oublions souvent de nous mettre à la place des visiteurs et de faire le même calcul qu’eux. Pour un seul week-end, un salon ou un festival, il faut chercher une application, la télécharger, l’installer et parfois même créer un compte. Et pour quel bénéfice ? Généralement, quelques informations : un programme, un plan, quelques notifications push. Le rapport entre les efforts demandés et les avantages obtenus est rarement convaincant, surtout dans une stratégie de digitalisation où un site web événementiel peut souvent proposer exactement les mêmes fonctionnalités. Parfois, la meilleure innovation consiste simplement à disposer d’un site web événementiel qui remplit parfaitement son rôle, intégré dans une stratégie qui dépasse le cadre d’un seul événement.

Mais si nous envisagions plutôt les applications comme un élément d’une stratégie de communication plus large, au lieu de les développer comme de simples gadgets à la demande d’un client ? Une application qui sert uniquement à scanner un billet une fois représente un coût pour une durée de vie qui, dans le meilleur des cas, ne dépasse pas quelques jours. À l’inverse, une plateforme qui informe les visiteurs, les met en relation et les incite à revenir tout au long de l’année permet de construire quelque chose qui existe avant comme après l’événement : une communauté. C’est probablement là que se situe le nœud du problème : la différence entre un simple outil et une véritable infrastructure.

L’étude ne nous dit pas si cette piste de réflexion est la bonne. En revanche, elle met en lumière une réalité plus dérangeante : seuls 27 % des visiteurs d’événements belges estiment que la technologie enrichit davantage leur expérience que les contacts humains. Six visiteurs sur dix affirment même explicitement le contraire. Ce n’est pas un rejet de l’innovation ou de la technologie, mais un avertissement : la technologie doit rester un moyen, et non une fin en soi. Les visiteurs ne veulent pas être moins bien accompagnés sous prétexte que tout passe désormais par un écran. Ils veulent simplement qu’on réponde à leurs besoins. Point.

Alors non, ce n’est pas un appel à abandonner en bloc toute innovation. Le secteur a eu raison de miser sur la digitalisation, en particulier depuis l’accélération imposée par la crise sanitaire. Cette évolution ne s’arrêtera pas, et ce n’est pas nécessaire. Mais cette étude devrait nous inviter à porter un regard plus critique sur les technologies que nous développons et, surtout, sur les raisons qui nous poussent à le faire. Tous les gadgets, toutes les demandes et tous les événements ne nécessitent pas une application. Toutes les interactions ne doivent pas forcément être digitalisées.

C’est un discours moins spectaculaire que « l’avenir appartient à l’event tech dopée à l’IA ». Mais c’est pourtant ce que nous disent les visiteurs. Encore faut-il être prêts à les écouter.

Wim Kegelaers - MediaMixer